La culture n’est pas seulement ce petit supplément d’âme imposé par une bonne gestion municipale. Elle doit être au cœur de tout projet et irriguer l’action politique. Elle est le vecteur indispensable de la réduction des inégalités par la rencontre des créateurs et des publics les plus larges possibles. Cette ambition nécessite des équipements qui répondent à ces exigences : médiathèques, cinémas, théâtres, studios de répétition, lieux d’exposition, bâtiments d’archives, maisons des associations…
On ne peut pas dire qu’aujourd’hui Rambouillet soit dans tous ces domaines richement doté. La médiathèque étouffe dans ses murs, le cinéma n’est plus en mesure de répondre à la demande et le Nickel a lui aussi atteint les limites de son développement pour ne prendre que ces exemples. Alors oui, on peut continuer comme cela dans cette tranquillité provinciale à faire cuire sa petite soupe culturelle à petit feu. Après tout, Paris, Chartres ou Saint-Quentin-en-Yvelines ne sont pas très loin pour ceux qui veulent vibrer à un autre rythme.
Notre groupe a toujours pensé que la vocation d’une ville de 26 000 habitants, aux confins de l’Ile-de-France, était d’avoir une politique culturelle ambitieuse, fondée sur une démarche éducative, s’appuyant à la fois sur des professionnels (artistes, écrivains, enseignants…) et le monde associatif. La gauche dans notre pays, au moins depuis le Front populaire, a constamment fait preuve d’audace en la matière en refusant d’opposer l’action culturelle à la solidarité. Rendre la culture accessible au plus grand nombre est avant tout une exigence sociale. Le projet d’un théâtre, équipé d’une grande salle modulable, n’est pas a priori un équipement démesuré à destination d’un public de nantis.
Dans ce cas-là, que dire des espaces culturels et des théâtres, souvent autrement plus importants dans les villes communistes et socialistes de la première couronne parisienne. L’essentiel n’est pas là, mais bien dans le projet culturel en lui-même.
Nous avons soutenu dans sa première phase la proposition de la majorité parce qu’elle était dans l’idée que nous nous faisons de la culture avec un vrai projet de création par l’accueil de troupes en résidence, par un travail en direction de la ville vers les écoles, les collèges et les lycées, mais aussi vers des publics qui n’ont pas l’habitude de fréquenter ce type de salle. Une forme de démocratisation culturelle existait bien en filigrane et s’inscrivait dans le rêve devenu réalité sur d’autres territoires d’un théâtre populaire.
Pourtant tout cela semble aujourd’hui remis en cause par le mode de financement et de gestion de la structure choisi par la majorité. Le contrat de partenariat public privé confie à une entreprise privée le soin de construire et d’entretenir le bâtiment moyennant la perception d’un loyer. La ville ne devenant propriétaire des lieux qu’à l’issue d’une période contractuelle plus ou moins longue. En l’occurrence, pour le cas qui nous intéresse : 26 ans. Si la ville n’a rien à avancer d’emblée, le coût de l’opération peut s’avérer prohibitif. Nous avons fermement contesté ce choix au nom du principe qu’il ne s’imposait pas. Il a fallu la commande d’une étude et les services de la Mission d’appui du ministère dont le but est d’encourager les C3P pour conclure à la nécessité d’avoir recours à cette formule.
Le C3P est un instrument qui répond à l’urgence et à la complexité d’un projet. Ce n’est pas le cas ici. Le seul réel élément de complexité est l’introduction d’un partenaire privé ! Et ce dernier, qui n’est pas un philanthrope est là pour gagner de l’argent. Il n’aura pas les mêmes scrupules que si c’était la ville qui restait maître d’ouvrage. Dans le « dialogue compétitif » qui s’ouvre aujourd’hui pour choisir ce partenaire, il y a fort à parier que nous serons obligés de faire des concessions sur la qualité des équipements techniques, ce qui ne manquera pas de renchérir au final les coûts de fonctionnement. et qu’au final. Parti d’un projet de 10 millions d’euros en investissement, nous sommes déjà à plus de 18 millions. Il n’est pas dit non plus que les subventions des collectivités territoriales puissent être versées. Il est probable que la ville doive se passer de la subvention régionale de 1 372 000 euros, pourtant votée en commission permanente, mais avant l’annonce officielle du choix du C3P.
Nous espérons que nous ne serons pas avec cette réalisation en présence d’ici quelques années d’un nouveau scandale financier. Il est vrai qu’après le SICTOM, nous avons l’habitude de boucher les trous. Quand au projet culturel, il risque de se transformer en peau de chagrin au nom d’une rigueur financière imposée par un choix à courte vue et idéologiquement connoté.
Didier Fischer, Julien Bonhomme.
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